dimanche 11 août 2019

Hommage aux pompiers volants

Toute la France s'est émue il y a une semaine après l'accident qui causa le décès d'un pilote d'avion Tracker chargé d'éteindre un incendie près du village de Générac dans le Gard. Le pilote de la Sécurité civile, Franck Chesneau, un ancien de l'Armée de l'air où il pilota des Mirage 2000, s'est écrasé au sol aux commandes de l'avion Tracker n°22.

Ses funérailles, télévisées, eurent lieu sur la base de Nîmes, en présence du ministre de l'Intérieur français, devant les camarades de "Francky" Chesneau, émus, alignés de part et d'autre d'un autre avion, le Tracker n°07, trônant au fond du hangar. Voici une photo de la cérémonie :

L'après-midi du drame, selon un article de Paris-Match, Franky Chesneau avait entamé son vol à bord du Tracker 07, mais suite à un problème d'étanchéité aux soutes, avait dû revenir à la base et prendre le n°22. Cet appareil lui sera fatal.

Les pilotes de la Sécurité civile forment une famille soudée ; les voici rassemblés, lors de la saison 2017-2018, debout sur les ailes d'un Tracker (dans le ciel figurent leurs surnoms) ; Francky Chesneau est le 6e à partir de la droite :

Ce sont six de ses camarades qui portèrent le cercueil de Franky Chesneau, dont deux, "Goodec" et "Hirsute", se tiennent à gauche sur la photo ci-dessus.

Ci-dessous, voici une autre photo prise lors de la cérémonie, et montrant Goodec et Hirsute portant le cercueil (le premier est à droite, juste derrière la section bleue du drapeau, et le second est en tête) :
(Je me permets de montrer cette image car une vue semblable figure
sur la page Facebook de Hirsute, de son vrai nom Stéphane Le Hir
- les internautes sont invités à aller voir sa page)
Les lecteurs de la série BD Missions Kimono connaissent Goodec et Hirsute qui, dans la réalité, volaient autrefois au sein de l'Aéronautique navale sur avions Super Etendard puis Rafale Marine, et qui, dans la fiction, ont joué leur propre rôle dans certaines anciennes aventures (tome 2, tome 6, tome 15...).

Etranges coïncidences : le tome 19 de Missions Kimono, un album collectif publié en 2018, donc il y a un an, et rassemblant plusieurs récits courts, met à nouveau en scène ces deux pilotes, dans le récit intitulé "Bengale, de Tracker". En effet, dans la réalité, ils sont devenus pilotes de "bombardiers d'eau" Tracker, et ce depuis plusieurs années - depuis que, ayant atteint la limite d'âge, ils ont dû quitter l'Aéronavale. Or, dans cette BD, Goodec pilote le numéro 22 (celui qui s'est écrasé la semaine dernière, piloté par Franky Chesneau), et Hirsute le numéro 07 (celui qui figure dans le hangar lors des funérailles et qu'avait piloté Franky Chesneau une heure avant son accident).
Voici une demi-planche montrant les deux appareils "héros" de l'aventure en BD (dessins de Carlo Velardi) :
On voit Hirsute (dont le nom est cité dans les dialogues)
dans l'image en haut à droite, aux commandes du Tracker 07.
Goodec est cité dans une bulle de la première image.
Le scénario de la BD : un pilote de Rafale Marine a dû s'éjecter quelque part dans les Bouches-du-Rhône, à la limite du Gard - justement à quelques dizaines de kilomètres à peine à l'est de Générac. Son parachute s'ouvre, mais le pilote se reçoit mal au sol et ne peut plus bouger. Son avion, qui s'est écrasé non loin, explose et met le feu à une forêt de pins. C'est alors qu'intervient la patrouille des deux Tracker de Goodec et Hirsute, qui effectuent à ce moment-là un habituel vol de surveillance.
La BD, documentée et réaliste, explique le travail précis et difficile des pilotes de la Sécurité civile. Après un tour d'observation, Goodec et Hirsute décident de larguer du produit retardant à un endroit judicieusement choisi pour protéger leur collègue inanimé au sol et empêcher que l'incendie le rejoigne.
Voici une autre scène extraite de l'aventure en BD :

Bien que d'autres types d'avions figurent dans l'album, c'est le Tracker n°07 qui avait été choisi pour figurer sur la couverture de l'album :

Voici un autre extrait de la BD, montrant le Tracker n°22 se ravitaillant sur sa base de Nîmes (et à droite le 07 reprenant le vol de sauvetage) :

Dans la huitième et dernière planche du récit, tout est bien qui finit bien : le pilote éjecté a été sauvé et récupéré, tout le monde se retrouve à l'hôpital, au chevet du blessé qui se remet. Les deux pilotes en tenue orange sont Hirsute (trois-quarts dos, à gauche) et Goodec (de face, près de l'infirmière), et le pilote à droite est Jacques-Yves Fleuret, commandant (fictif) de la 11e Flottille de Landivisiau, et héros récurrent de la série Missions Kimono :

Dans la BD, vers le début de l'aventure, le Rafale Marine du leader Fleuret vole non loin des Tracker. C'est rarissime que les deux types d'avions soient ensemble. Or, voici une photo montrant justement un vol de concert : en arrière-plan, c'est un Rafale Marine de la 11F, dans les parages de la base de Landivisiau (Finistère). Deux Tracker s'étaient en effet exceptionnellement rendus en 2018 à Landi, pendant la préparation de l'album Kimono 19, pilotés par... Goodec et Hirsute... (à l'image, je crois que c'est Goodec aux commandes du Tracker) :

mardi 6 août 2019

En r'venant de La Baule

S'est tenu le week-end dernier le meeting annuel du musée aéronautique Mapica, sur le terrain d'aviation de La Baule-Escoublac. Grâce à sa dynamique équipe, le musée restaure et met en vol plusieurs avions anciens, comme, ici, un Nord 1101 :
(Toutes photos, sauf mention :
Jean-Yves Brouard)
Voici l'affiche du meeting :

Comme chaque année, je m'y étais rendu pour tenir un stand où je vendais mes BD habituelles (BD d'aviation bien sûr, entre autres). L'ami Alain Le Coz (voir sa page Facebook) m'aidait à tenir le stand, et en a profité en particulier pour embarquer comme passager à bord de l'avion Bulldog et effectuer un vol en patrouille avec un petit "Cricri", "le plus petit avion bi-moteur du monde". Voici le départ des deux avions, l'un derrière l'autre, sur le parking d'Escoublac :

Sur ce parking, en démonstration pour les visiteurs, apparaissaient d'autres avions comme le Piper J3 :

Dont un membre du musée, ingénieux et bricoleur, a réalisé une réplique à pédales, pour les enfants :

Voici une autre réplique, avec un enfant à bord :
(Photo Alain Le Coz)
Apparaissaient aussi des moteurs d'avions :

Des voitures "sport" :

Belles et agréables journées en tout cas, avec, pour conclure, cette photo de la tour que vient de survoler le Piper en "montée initiale" après décollage :

A signaler qu'Alain, qui est persévérant et très patient, a réussi à obtenir une quadruple dédicace sur son album personnel Missions Kimono n°19 (un album collectif dessiné par trois dessinateurs et scénarisé par moi-même). Ce ne fut pas facile du tout de parvenir à nos fins, vu que les dessinateurs sont dispersés géographiquement (l'un, Carlo Velardi, est Italien) mais je devais bien ça à Alain et j'ai pu lui remettre son album ce dernier week-end ; voici la dédicace :

Je profite de ce message pour présenter la planche 1 du prochain album de Missions Kimono qui sera réalisé par Francis Nicole (il s'agit du tome 22, car je rappelle qu'Andrea Rossetto prépare, lui, le tome 21, suite et fin du tome 20 publié en mai dernier) ; Francis, qui s'est (enfin...) remis au travail, s'attaque à un "one shot" (une aventure en un seul volet), selon son désir de ne plus dessiner de longues sagas sur plusieurs albums. L'histoire promet d'être "chaude", comme le laisse entendre cette introduction :

mercredi 31 juillet 2019

On n'a pas beaucoup inventé...

L'album Missions Kimono tome 17, intitulé Opération Pasni, a été publié en mai 2016 - donc écrit en 2015 mais imaginé dès 2014, puisque c'est la suite du précédent album, le tome 16. Dans cette aventure, un avion Airbus disparaît mystérieusement au-dessus de l'océan Indien. Voici la scène de la disparition :
Dessins de Francis Nicole
Editions JYB-Aventures
Cet événement est inspiré de l'affaire réelle de la disparition du Boeing MH 370, en mars 2014 (la principale différence est que dans la BD, il s'agit d'un avion Airbus).
Dans la BD comme dans la réalité, personne ne sait ce qui s'est passé à bord, et personne ne retrouve l'avion de ligne. C'est alors que - dans la BD - la Marine nationale française iintervient : le porte-avions Charles de Gaulle est justement en mission dans l'océan Indien, et comme par hasard, un avion Rafale du bord dispose d'un équipement spécial et Top secret permettant de "voir" sous la mer ; le "couple" Rafale + équipement Top secret devant mener des essais réels de détection sous-marine, lors de vols à partir du porte-avions, on va donc le solliciter pour retrouver l'Airbus.

Pour imaginer cet équipement spécial apparemment fictif, je m'étais inspiré de diverses recherches et projets dans le domaine de la détection sous-marine, mais en faisant preuve de prospective car a priori, il n'est pas possible de détecter, depuis un avion, des objets en profondeur dans l'océan, du moins à l'époque de la sortie de l'album - de nouvelles techniques le permettront sans doute un jour ? Voici d'ailleurs, en début d'aventure (dans le tome 16) une explication succincte sur le conteneur, le "pod" comme on dit, utilisé par le pilote d'essais Tchékhov :
Dessins Francis Nicole
Editions JYB-Aventures
Et voici la scène, dans le tome 17, où le Rafale de Tchékhov retrouve l'Airbus disparu :
Dessins Francis Nicole
Or, en ce mois de juillet 2019, une information a été divulguée dans les médias : la firme française Onera, spécialisée en particulier dans la recherche sur la télédétection aéroportée, a permis de retrouver, près de deux ans après, un moteur d'Airbus enfoui sous la calotte glaciaire. L'accident de l'Airbus remonte à septembre 2017, lorsque l'appareil survola le Groenland et perdit un de ses moteurs en plein vol... C'est un avion français doté de deux "pods" de détection spectrale qui a mené la mission. Tout est raconté ici, sur le site de l'Onera :
https://www.onera.fr/fr/actualites/onera-se-mobilise-au-service-du-bea-dans-une-aventure-exceptionnelle

Voici la photo de la découverte du moteur :

Ainsi, il y a quelques airs de ressemblance entre cette affaire et la série BD Missions Kimono :
- l'avion est un Airbus dans les deux cas ;
- le premier élément que retrouve Tchékhov est un bout d'aile et... un moteur, or c'est un moteur que les Français cherchaient, et ont retrouvé, au Groenland ;
- le moteur retrouvé dans la réalité n'était pas enfoui dans l'eau, mais quand même dans de l'eau... glacée (l'inlandsis groenlandais) ;
- les "pods" de détection, le réel et le fictif, se ressemblent extérieurement (ce qui paraît normal) ; le pod de Tchékhov s'appelle (fictivement) Reco NG 52, et celui de l'Onera : Sethi/Ramsès NG ;
- l'avion détecteur est un Falcon 20 de la société française AvDef ; or, cette société et cet avion sont habitués à "travailler" en collaboration avec l'Aéronautique navale ; ses pilotes sont même des anciens de l'Aéronavale ; on reste en famille... et ce sont donc des pilotes de l'Aéronautique navale qui, dans la réalité comme dans la BD, retrouvent le morceau d'Airbus...

A signaler que cet appareil Falcon 20 et cette société sont déjà apparus dans Missions Kimono, dans une scène importante du tome 5. Voici une image extraite de ce tome 5 (on lit le nom "AvDef" sur l'avant du fuselage) :
Dessin Francis Nicole
Editions JYB-Aventures
Voici un visuel repiqué sur le site de l'Onera, montrant un avion Falcon 20 de l'AvDef qui a recherché le moteur au Groenland, et son pod de détection :


dimanche 28 juillet 2019

On a (presque) retrouvé Amelia

Il y a quelques jours, les médias internationaux se sont fait l'écho de l'information disant que l'explorateur Bob Ballard, qui avait retrouvé en 1985 l'épave du Titanic, allait se lancer dans la recherche de l'épave de l'avion d'Amelia Earhart.
Amelia Earhart est cette aviatrice américaine mystérieusement disparue le 2 juillet 1937 quelque part au-dessus du sud-ouest du Pacifique, lors d'un vol autour du monde. Or, l'avion a été en quelque sorte déjà retrouvé, ainsi que sa pilote, dans... l'album d'Allan Mac Bride n°3, intitulé L'"Oiseau des Îles". Voici l'image :

La série BD Allan Mac Bride (six albums au catalogue, un septième est en route), dessinée par Patrick Dumas et scénarisée et éditée par moi-même, met en scène un archéologue qui, dans le milieu des années 1930, parcourt le monde, de ruines antiques en cités englouties. Dans le tome 3, il arpente, avec ses compagnons de voyage, une île du Pacifique sud, loin des routes maritimes habituelles, où il est capturé par des soldats japonais. A cette occasion, il découvre une femme malade, une aviatrice également disparue lors d'un tour du monde aérien, du nom d'Anna Packard, elle aussi prisonnière des Japonais. Or, pour nous, auteurs, Anna Packard n'est autre qu'Amelia Earhart...
Voici un extrait de la planche où l'on découvre et où l'on reconnaît Anna Packard :

La coupure de presse en fond d'image, dans la deuxième vignette, est une véritable coupure de presse annonçant la disparition d'Amelia Earhart ; pour la BD, Patrick a juste modifié le nom de l'aviatrice.
L'avion dessiné dans la BD est le véritable appareil d'Amelia, un Lockheed Electra 10, immatriculé NR 16020. Voici Amelia aux commandes de son avion :

Voici un écorché de son avion, avec la bonne immatriculation - un écorché bien utile, à l'occasion, pour un dessinateur de BD :

Dans la BD, hélas, Anna va mourir peu de temps après. Les Japonais qui tenaient captifs Allan et ses amis vont les poursuivre et, lorsque les fuyards embarqueront précipitamment à bord du voilier Oiseau des Îles, une balle perdue, tirée par les Japonais, touchera Anna qui mourra presque instantanément. Le voilier ayant pris le large et un corps ne pouvant être conservé à bord, Anna Packard est immergée depuis le pont, à l'issue d'une sobre cérémonie.
C'est pour ces dernières péripéties fictives que j'ai préféré ne pas nommer la femme pilote du nom réel d'Amelia Earhart. Toutefois, une hypothèse, plus ou moins étayée, expliquant la fin d'Amelia Earhart est celle de sa chute sur une île du Pacifique sud, son arrestation par des Japonais installés là clandestinement (nous sommes à la veille de la Seconde guerre mondiale), et sa mort sur place, suite à de mauvais traitements.

Voici un autre portrait d'Amelia Earhart :


Pour terminer, signalons deux choses :

- Francis Nicole (dessinateur de Missions Kimono) et moi-même avions réalisé un récit court racontant la véritable histoire de la fin d'Amelia Earhart, pour un journal qui a hélas disparu avant qu'il ait pu publier la BD. Voici un extrait de la planche 6 décrivant les derniers instants du vol avant la disparition de l'avion (les dialogues reprennent les véritables échanges radio entre Amelia, un bateau-relais qui la suivait, et une base sur l'îlot Holland) :


- il y a deux ans, début juillet 2017, pour le 80e anniversaire de la disparition d'Amelia Earhart, une rumeur avait été diffusée au sujet d'une photo-mystère où apparaîtraient l'aviatrice et son avion, et "prouvant" qu'elle n'a pas vraiment disparu comme on le croit. Voici la photo dans son ensemble :

Voici le détail où l'on devrait reconnaître (?) Amelia, assise sur le quai, nous tournant le dos :

Et le détail où l'on devrait reconnaître (?) son avion Lockheed posé sur un radeau après sa prétendue récupération en mer ou sur une île :

mercredi 17 juillet 2019

Tintin, la Lune et moi...

En ces temps de cinquantenaire de la marche du premier homme sur la Lune, une commémoration qui inonde les médias en faisant à l'occasion référence à la célèbre BD de Tintin On a marché sur la Lune, j'y vais de mes petits souvenirs personnels, en relation avec mon travail de scénariste de bande dessinée.

Il y a 30 ans tout ronds, autre anniversaire, je travaillais pour un journal de BD qui s'appelait Tintin Reporter et qui, avec un tel titre, parlait abondamment, à l'époque, du 20e anniversaire de la marche sur la Lune en faisant un parallèle avec les célèbres albums d'Hergé, Objectif Lune et On a marché sur la Lune. Je montre d'ailleurs, ci-dessus, la couverture de cette revue en date du 21 juillet 1989 (et qui annonce : "Dans 30 ans, vous irez sur Mars"...).

J'avais commencé à travailler pour Tintin Reporter vers le mois de mars 1989, alors que le magazine existait depuis l'automne précédent et que, avant même qu'il soit présent en kiosques, j'avais déjà envoyé des propositions de BD à sa rédaction. En effet, précédemment, j'avais travaillé pour le célèbre journal de Tintin, mais celui-ci devait cesser de paraître dans le courant de l'automne 1988 (la raison qu'on m'avait dite : la veuve de Hergé, Fanny Rémi, avait  refusé que le journal portant depuis 1946 le nom du héros créé par son mari continue d'utiliser ce nom de Tintin...). La rédaction de l'ancien Tintin, interrogée par mes soins, m'avait alors parlé du projet d'une autre revue hebdomadaire qui prendrait la suite.
Voici la couverture du dernier numéro de Tintin (l'ancien), le n°490 en date du 29 novembre 1988 :

Voici l'encart inséré entre la page 2 et la page 3 du dernier numéro de Tintin (couv ci-dessus) annonçant la parution, la semaine suivante, de son successeur sous le titre de Tintin-Reporter :
On lit en bas à gauche, à la fin d'un article, la signature d'Yves Duval, collaborateur de toujours de Tintin qui deviendra un des auteurs de Tintin-Reporter.
Voici ce qui figure au verso de cet encart :

Hélas, un premier dossier complet que j'avais envoyé à la rédaction de la nouvelle revue n'a pas eu l'air de plaire ; je n'ai jamais eu de réponse. Entre-temps, cette revue est sortie, début décembre 1988, avec le titre annoncé et confirmé : Tintin-Reporter. Dirigée par Alain Baran, l'homme de confiance et le secrétaire particulier d'Hergé dans les dernières années de sa vie, et par une certaine Aline Seeuws, la nouvelle revue, prometteuse, était donc cornaquée par la veuve Rémi. On découvre que l'aventure lunaire de Tintin est replacée dans ses pages. Mais, caractéristique particulière : c'est la version originale de la double aventure, telle qu'elle a paru dans l'ancien journal Tintin dans les années 1950... On comprend que cette histoire est republiée pour accompagner les prochaines commémorations de la première marche de l'Homme sur la Lune. Mieux : on apprendra bientôt que la programmation de la BD est finement calculée pour que le héros Tintin pose le pied sur la Lune dans le numéro de Tintin-Reporter qui sera publié autour du 20 juillet 1989, date anniversaire exacte (voir la couverture, plus haut).

Dans un premier temps, la reproduction des planches de BD de Tintin sur la Lune laisse à désirer. Car ces planches ont été simplement photographiées dans les pages des vieux journaux Tintin... Or, lesdites pages avaient été mal imprimées, sur du mauvais papier jauni, avec des couleurs souvent décalées ; les documents fournis à Tintin Reporter sont des Ektas 9 X 12 cm en couleur reproduisant les pages de l'ancien Tintin. Voici ce que cela donne dans un des numéros de Tintin Reporter (n°20 du 21 avril 1989) :

Incident apparemment inconcevable, une page d'un vieux Tintin est carrément endommagée, découpée dans un coin ; voici cette page (in Tintin Reporter n°15 du 17 mars 1989) :

Et un agrandissement sur le coin écorné qui supprime un bout de planche :

Cela s'arrangera par la suite, la rédaction choisissant enfin de bonnes épreuves des planches d'On a marché sur la Lune...

Début 1989, je reçois un coup de fil d'un monsieur se présentant comme le nouveau rédacteur en chef (section BD) de Tintin-Reporter. Bruno Rabourdin - c'est son nom -, m'apprend qu'il a découvert mon dossier dans un tiroir de son bureau, que mes BD lui conviennent, et que la rédaction manque justement de BD et de matière pour remplir les prochains numéros ! Il faut donc fournir d'urgence du texte ! Le courant passe bien entre Rabourdin et moi et aussitôt, après discussions, je me lance à corps perdu dans différents travaux.

D'abord, Bruno Rabourdin m'apprend que, parallèlement à la BD de Tintin On a marché sur la Lune en cours de publication, la rédaction aimerait publier, en vis-à-vis de chaque chapitre hebdomadaire, des sujets documentaires, en BD, illustrant ou commentant, par des faits authentiques, l'histoire de la conquête de la Lune. Cette série parallèle et documentaire, scénarisée par mes soins, sera dessinée et mise en couleur par Loïc Derrien.
Ainsi, le chien de Tintin, Milou, se trouvant dans la fusée lunaire, j'avais écrit l'histoire réelle de la célèbre chienne Laïka. Voici cette BD en une planche, à gauche, dans Tintin-Reporter n°23 du 12 mai 1989 (et à droite, bien sûr, une planche du Tintin d'Hergé) :

J'ai aussi écrit l'histoire de Youri Gagarine (en 5 planches), celle de la première sortie dans l'espace par Titov, etc.
Il était prévu que, dans le numéro du journal tombant autour du 20 juillet 1989 (ce sera donc dans le numéro daté du 21 juillet) où l'on verrait Tintin marcher pour la première fois sur la Lune, la véritable histoire d'Apollo 11 et d'Armstrong serait racontée. C'est ce qui advint. Voici une des cinq planches de mon récit, dans Tintin Reporter n°33 du 21 juillet 1989 :

À noter qu'en plus de ces BD particulières, Bruno Rabourdin m'avait demandé d'inaugurer une rubrique BD intitulée L'actualité par la bande. Il s'agissait de réaliser en urgence une histoire en deux planches racontant un fait divers qui venait de se produire. Non seulement il fallait se documenter et écrire très vite mais le dessinateur devait exécuter ses deux planches en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ce sera Laurent Hirn (pour le premier récit tout au moins). Nous avons donc raconté l'histoire (vraie) du supertanker américain Exxon Valdez qui venait de s'échouer en Alaska, provoquant une dramatique marée noire dans un fjord. Voici la majeure partie de la première des deux planches de cette BD :

On voit que la première image de la planche est occupée par le personnage de Tintin introduisant le sujet dans une bulle. C'était prévu par la rédaction, avec, il faut le préciser, l'accord de la veuve d'Hergé : nous étions autorisés à mettre en scène dans une BD le personnage de Tintin... Je prévoyais donc dans mon découpage une image vide, avec juste la bulle, et la rédaction se chargeait de trouver, dans un album de la collection des aventures de Tintin, un dessin du héros dans une attitude, et habillé avec une tenue, correspondant à peu près à la situation. C'est un montage certes un peu artificiel, mais cela fait que j'ai eu l'honneur de pouvoir mettre en scène Tintin, de façon tout à fait officielle...

Mais il y a eu aussi un "couac" : l'histoire suivante, dans le cadre de cette rubrique L'actualité par la bande, n'a pas paru, bien que scénarisée et dessinée, car la rédaction a jugé que le trop jeune dessinateur, contacté par elle, n'a, sans doute sous la pression de l'urgence, pas fourni un travail suffisamment professionnel. Voici la première demi-planche de cette BD où l'on voit que ce dessinateur n'avait en outre pas laissé assez de place pour le personnage de Tintin en haut à gauche... :

Je ne me souviens plus du nom de ce jeune dessinateur ; je ne lui ai parlé qu'une fois, au téléphone, après l'affaire, pour le rassurer.

Enfin, le même Bruno Rabourdin m'avait demandé de lancer une rubrique intitulée Doc ad hoc (jeu de mots avec Haddock... Toujours un lien avec l'univers de Tintin) et présentant un visuel sur une double page documentaire. Cela me rappela les fameux Pilotoramas de Pilote, gérés par JM Charlier - mais avec, pour Tintin Reporter, moins de moyens et moins de temps à y consacrer... Avec un dessinateur du journal, Alain Korkos, à qui j'avais communiqué une documentation suffisante, nous avons présenté le tout nouveau sous-marin soviétique nucléaire "Mike", qui venait de sombrer, mais qui était "top secret" (n°24 du 19 mai 1989) :

On aperçoit la casquette du capitaine dans le logo de la rubrique, en haut à droite.

Et voici la couverture de ce numéro, avec l'appel sur la rubrique Doc ad hoc :

Hélas, tout ceci a eu une fin, assez tôt, car, avant même que je commence à bosser pour Tintin Reporter, la direction sentait que la revue ne pourrait durer. Les difficultés étaient déjà là, et c'est avec un important déficit financier qu'elle cessa de paraître 8 jours après le 20e anniversaire de la marche sur la Lune. La dernière publication est un numéro double, "spécial vacances". Les responsables avaient voulu maintenir la revue à bouts de bras jusqu'à l'anniversaire + une semaine.

Pourtant, j'avais préparé d'autres BD documentaires sur la conquête spatiale. L'une, en liaison avec le véhicule utilisé par Tintin et ses amis sur la Lune, avait été presque finalisée sur le thème de la Jeep lunaire (la vraie). Voici le crayonné de cette planche :
Le rendu de cette planche est atténué par le fait que ce brouillon m'avait été envoyé par fax, par le dessinateur Loïc Derrien, à l'adresse de la rédaction de Tintin Reporter, et que c'est le seul document qui me reste (on y voit quelques corrections annotées pour Loïc Derrien).

Et cette BD, au crayon également, toujours dû à Loïc Derrien, racontant la rencontre dans l'espace entre Apollo et Soyouz en 1975 :
Pour la même raison, d'autres de mes histoires n'ont pas paru. En effet, dans la foulée de cette riche activité du printemps 1989, Bruno Rabourdin m'avait demandé d'écrire également des récits authentiques, comme en publièrent autrefois Spirou (Les fameuses belles histoires de l'Oncle Paul) ou Tintin justement. De longueurs variables (de 5 à 10 planches) selon les sujets, elles furent dessinées souvent par des débutants à l'époque : Deville, Hirn, Merezette, etc. Ainsi, voici un extrait d'un récit entièrement dessiné (10 planches), mais jamais paru non plus, sur Joshua Slocum, le premier navigateur solitaire au monde :

Le dessin est dû à Jean-Louis Mourier, futur dessinateur de Lanfeust. A noter que Jean-Louis avait également réalisé sur un de mes scénarios un récit en deux planches pour la rubrique L'actualité par la bande, suite au décès de l'acteur Guy Williams, qui incarnait Zorro dans le célèbre feuilleton télé de Walt Disney ; cette BD n'a pas paru également à cause de l'arrêt de la parution de Tintin Reporter (Guy Williams est décédé le 7 mai 1989 ; le temps pour moi de convenir avec Bruno Rabourdin de traiter ce sujet dans la rubrique, de rassembler une documentation - textes et photos - sur la carrière de l'acteur puis d'écrire le scénario, le temps, ensuite, pour Jean-Louis, de faire les dessins... les semaines ont passé et nous avons appris que la BD ne pourrait pas être publiée, la revue Tintin Reporter devant s'arrêter, nous le savions, fin juillet ; le contenu étant préparé entre un mois à deux mois à l'avance, la BD n'a donc même pas été mise en couleur).
Voici la première demi-planche de cette BD, avec l'espace libre en haut à gauche pour le personnage de Tintin qui aurait "joué" le rôle du récitant :

Pour l'anecdote, Francis Nicole et moi devions publier dans Tintin-Reporter de nouvelles aventures de nos BD sur l'Aéronavale française, commencées dans l'ancien Tintin, et c'est pourquoi Francis avait préparé l'illustration de couverture d'un prochain numéro. Ce prochain numéro ne verra donc jamais le jour. Voici le "bleu" de mise en couleur pour cette couverture (c'est le genre d'épreuves, sur papier spécial, dont les coloristes disposaient autrefois ; on appliquait la couleur à la gouache, ce qu'avait fait Francis) :
Cette illustration a dormi dans nos cartons pendant des années, et finalement, lorsque je suis devenu éditeur, nous l'avons réutilisée pour la couverture de notre premier album de la série Missions Kimono (ici, version de l'édition originale en janvier 2001) :