mercredi 3 juillet 2019

Souvenirs du "Charles de Gaulle"

Alors que le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle devrait revenir dans quelques jours de sa tournée en océan Indien, remonte dans ma mémoire le séjour que Francis Nicole, dessinateur de notre série d'aviation Missions Kimono, et moi-même, avions passé à bord, en novembre 2002, pour nous documenter.
A signaler qu'entre-temps, le CDG est passé deux fois en IPER (Interruption prolongée pour Entretien et réparations), de sorte que de nombreux équipements, extérieurs et intérieurs, ont été modifiés. Voici à quoi il ressemble en 2019, avant son départ pour l'océan Indien :
Photo : Marine nationale
Et nous voici, 17 ans en arrière, sur le pont d'envol :

Nous entourons le couple Francis et Lise Bergèse ; Francis Bergèse était le dessinateur et scénariste de la célèbre série BD Buck Danny (d'ailleurs, il réalisera par la suite un album se déroulant à bord du Charles de Gaulle) (à droite : une jeune marinette chargée de nous guider à travers les dédales du porte-avions). Nous avions pu embarquer grâce à la diligence d'un ancien pilote de la 11e Flottille (celle des héros de Missions Kimono), Alain de Valence, qui avait gardé de bons contacts avec la hiérarchie de l'Aéronautique navale, ce qui a bien facilité les choses, car à l'époque, c'était rare de pouvoir aller en mer à bord du CDG.
C'est de cette photo que j'ai extrait l'image de mon portrait figurant en médaillon de ma page Facebook.

Pendant deux jours, du 4 au 5 novembre 2002, au large de la côte varoise, nous avons pu visiter la passerelle, le pont, le hangar, la salle d'alerte des pilotes, le Central Opérations (là, photos interdites...), assister aux catapultages et appontages, franchir de longues coursives en nous demandant où étaient l'avant et l'arrière du navire, monter et descendre d'innombrables marches d'escalier, prendre nos repas au mess (et même, privilège rare, souper dans la salle à manger des appartements du commandant, à son invitation et en sa présence - bien qu'il fût préoccupé et parfois absent à cause des appontages en cours qui sollicitaient toute son attention), etc.
Je ne peux pas montrer ici, faute de temps (et de place) toutes les photos que nous avons prises. En voici quelques-unes au hasard, parmi celles que j'ai prises moi-même.
Une vue classique de la préparation d'un catapultage (les avions à l'époque étaient les Super Etendard) :

Au retour des avions, ceux-ci, avant d'apponter, doivent souvent s'alléger en larguant une certaine quantité de carburant ; voici une des photos que j'ai prises à ces moments :

Ce qui nous a permis de montrer une telle scène dans le tome 7 de Missions Kimono :

Un hélicoptère embarqué était un Puma ; nous l'avons visité également. J'ai photographié Francis assis sur un banc à l'intérieur de l'hélico :

J'ai aussi photographié, à tout hasard, le treuil replié à l'intérieur :

Bien m'en a pris : les deux photos, rassemblées, ont permis à Francis de dessiner une grande image dans le tome 7 de Kimono :

Cet hélicoptère Puma (de l'Armée de l'air et non de la Marine), le voici, venant du continent, à sa première arrivée sur le pont (le hasard a fait que j'étais présent sur le balcon à l'arrière de l'îlot, avec vue imprenable sur la partie arrière du bâtiment) :

Du coup, le Puma s'est retrouvé dans la BD :

Dans la salle d'alerte avec ses fauteuils bleus, un pilote, "Goody" (son call-sign est devenu par la suite "Goodec") a bien voulu poser devant mon appareil photo :

Comme nous avons sympathisé, il s'est retrouvé plusieurs fois dans la BD... comme ici (image extraite du tome 6 de Kimono) :

Comme dans la réalité, au début il est appelé "Goody" dans la BD, puis "Goodec"... L'attache noire sur le devant de son casque a été ajoutée par Francis car dans l'intervalle, les pilotes ont pu y accrocher des JVN (jumelles de vision nocturne, pour les vols de nuit).

Il y aurait de quoi éditer un livre avec toutes nos photos et, en vis-à-vis, les images qui en ont été tirées dans la série BD...

Et puis, tout a une fin ; nous voici, un soir, attendant l'hélicoptère qui allait nous ramener à terre :
Cet hélico du retour n'est pas le Puma cité plus haut, mais un Dauphin - un type d'aéronef qui fut le héros du cycle "africain" de Missions Kimono, tomes 2 à 4 ; en novembre 2002, nous étions justement en pleine réalisation du tome 3, où le Dauphin en voit des vertes et des pas mûres !).

(Toutes photos, sauf la première montrant le porte-avions : Jean-Yves Brouard)

dimanche 23 juin 2019

Chinoiseries

Comme raconté dans mon message du 16 mai dernier (http://jybaventures.blogspot.com/2019/05/a-la-conquete-de-la-chine_16.html ), un éditeur chinois a acheté les droits de la série Missions Kimono pour la Chine (la série est traduite en chinois bien sûr).
Voici par exemple la couverture du tome 2, que je n'avais pas encore montrée :

Une chose m'inquiétait : la traduction des premiers albums est-elle bien faite et les expressions, tant aéronautiques que typiquement françaises, sont-elles bien retranscrites en mandarin ? A priori, oui. C'est l'éditeur chinois qui se charge de cette traduction, à partir des albums en français. Mais sait-on jamais...
Il se trouve que ma soeur, qui, en tant que professeur d'anglais ici en Bretagne, a joué un rôle d'intermédiaire dans mes discussions (en anglais) avec l'éditeur chinois et sa secrétaire en charge du dossier "Missions Kimono", m'a signalé qu'elle croise parfois une femme dont le mari est Chinois. Nous avons convenu que ce serait utile de faire lire, par ce dernier, mes trois albums "chinois" existant à ce jour. Après prise de contact, je me suis donc rendu chez lui. C'est alors qu'il m'a appris que - nous l'ignorions - non seulement il est professeur de chinois (pour des élèves français) mais qu'en plus, il lui est arrivé de faire des traductions de livres culturels en chinois, à partir de livres français (il m'a montré deux d'entre eux). Quel heureux hasard...

Verdict : il semble - ce monsieur n'a pas tout lu des trois albums Kimono en chinois, juste parcouru quelques pages de-ci, de-là - que, dans l'ensemble, les traductions soient bien faites et que les passages des textes purement aéronautiques soient à peu près bien rendus en chinois.
Avec toutefois quelques couacs...
Par exemple, dans le tome 1, à la fin de l'histoire courte Virus sur le Majunga, un avion Super Etendard apponte sur le porte-avions Clemenceau. L'officier d'appontage dirigeant la manoeuvre dit au pilote "C'est excellent, l'avion va se poser tout seul... comme une fleur...". L'expression familière "comme une fleur" est à prendre au sens figuré pour dire : facilement, sans encombres. Or, dans l'album en chinois, le traducteur a traduit fidèlement et au sens propre, avec l'idée subtile d'une jolie fleur (une vraie fleur), un peu comme si une fleur se posait sur le pont du porte-avions... Voici l'image, dans ses deux versions, l'une en français, l'autre en chinois :

Un phylactère dans le tome 2 m'inquiétait. L'album se situe en Afrique noire et il y est question de mercenaires et de trafiquants d'armes auxquels vont être confrontés les pilotes, héros de la BD. A Paris, un amiral, dans un bureau du ministère de la marine, fait un exposé et parle d'armes chinoises et libyennes importées clandestinement dans le pays où l'action va se dérouler. Mon questionnement, depuis le début de mes discussions avec l'éditeur chinois, était de savoir si la mention d'armes chinoises resterait dans l'album en chinois, dont voici un extrait (la bulle parlant des armes chinoises est dans la deuxième vignette de ce strip) :

Le professeur de chinois consulté par mes soins m'a affirmé que non : dans la bulle traduite, les fameuses armes chinoises sont devenues... japonaises...! En effet, il faut comprendre que la censure chinoise n'aurait jamais laissé passer la mention originelle...
Seulement, "couac" dans le "couac" : l'avion aperçu dans la troisième image est bien un avion chinois : un Shenyang J-6... Et lui n'a pas été censuré... (explication que je peux facilement imaginer : certainement parce que l'avion ressemble trait pour trait à un Mig 19 de construction soviétique, le Shenyang J-6 étant sa copie conforme dans l'Armée de l'air chinoise. On peut donc facilement l'identifier comme un Mig 19 revendu à un pays d'Afrique comme la Libye justement...).

Mais un autre "couac" s'est inséré dans la même bulle. En effet, le traducteur a mal lu la version française où il est question d'armes. Il a traduit par "armées". Ainsi donc, ce ne sont pas des armes japonaises et libyennes qui sont infiltrées en Afrique, mais carrément des armées japonaises et libyennes... J'ai déjà signalé cela à mon éditeur chinois pour qu'il corrige lors de la réimpression de l'album en Chine...

J'ai voulu savoir aussi comment avait été traduit le nom "Kimono" dans le titre Missions Kimono de la série. Kimono, il faut le savoir, est un indicatif radio authentique, utilisé par la 11e Flottille de chasse de l'Aéronautique navale française. Phonétiquement, c'est important, et traduire "Kimono" en chinois dans le sens du vêtement japonais (le kimono) ne voudrait plus rien dire. Heureusement, j'en avais parlé dès le début à l'éditeur chinois, qui a choisi un titre approchant, phonétiquement. Ce que m'a confirmé le professeur de chinois : les trois syllabes ki-mo-no sont reproduites sur la couverture des albums avec des signes chinois qui se prononcent (à peu près...) "ki", "mo" et "no".
Or, le professeur ajoute une information intéressante : le signe chinois de la syllabe "mo" porte en lui une notion de magie, presque de sorcellerie, qui, dit-il, est intéressante, originale, et peut intriguer et attirer les lecteurs chinois...

Quant aux trois noms d'auteurs sur la couverture : le premier nom en caractères chinois est le mien (signalé comme scénariste entre les crochets en début de ligne), le deuxième celui de Francis Nicole (dessinateur), et le troisième nom est en fait constitué de deux noms, ceux des deux traducteurs. Voici les trois groupes d'auteurs, sur la couverture du tome 1 :

A noter que mon nom, avec ces signes chinois, ne se prononce pas tout à fait "Brouard" mais des sons approchants. Quant au prénom Francis, il se lirait plutôt (et à peu près !) : "franchise"...

J'ai montré au professeur de chinois d'autres passages de mes albums où figurent des textes ajoutés par l'éditeur chinois. A un endroit, en tout début d'album, s'alignent des nombres : il s'agit de numéros de téléphone de la maison d'édition, et l'un des numéros est celui où les lecteurs et les libraires peuvent commander et se faire expédier les ouvrages par voie postale.
Une ligne dans ce texte en début d'album s'avère être le nom d'un magasin chinois où l'on peut acheter les BD. Or, m'a appris le professeur avec une pointe d'admiration, il s'agit en fait d'un réseau de librairies, "le plus connu et le plus étendu sur toute la Chine..." Voilà qui augure bien de la suite...

Et pendant ce temps-là, le tome 21 de Missions Kimono (en français) se prépare. Voici une image au hasard (dessin d'Andrea Rossetto, extrait du story-board au crayon) :

samedi 8 juin 2019

Le Kimono nouveau est arrivé

La sortie du dernier album Missions Kimono n°20 s'accompagne, pour une fois, de nouvelles encourageantes.
Pour montrer aujourd'hui quelque chose de cet album et pour illustrer mon propos, sans remettre en ligne la couverture déjà vue plusieurs fois sur ce blog, en voici pour l'anecdote la première mouture, le premier brouillon, tel que préparé par Francis Nicole à l'automne dernier (d'ailleurs sur une idée de... moi-même) :

On voit que nous n'étions pas encore fixés sur le titre, puisque Sevoni, mention provisoire, est en fait le nom de la base fictive où sont venus s'installer les héros, dans cette nouvelle histoire. Quant au numéro 8, il s'agit de celui de l'album Tiger, Francis ayant pris comme fichier de départ la maquette de sa nouvelle couverture, préparée l'année dernière...

Je disais que les nouvelles sont encourageantes au sujet de Kimono 20 car mon diffuseur, Makassar, m'a appelé avant-hier pour me demander si j'ai encore du stock quelque part, le premier lot mis en place le 23 mai étant apparemment assez vite parti et les libraires poursuivant leurs commandes (la réponse est : oui, heureusement, j'ai un peu de stock...).
Il faut dire que, pour la première fois depuis... très longtemps, les albums dans certains réseaux de librairies semblent avoir été mis bien en vue. A la Fnac (dont la centrale d'achat avait d'ailleurs passé commande de beaucoup plus d'exemplaires que lors des sorties précédentes), ou chez Cultura, il y a des piles d'albums sur les tables ou dans les rayons des nouveautés (ici, une photo prise au Cultura de Rennes) :

On voit que Kimono 20 côtoie d'autres BD d'aviation ; nous ne sommes pas les seuls sur ce "créneau", comme on dit... Et comme on le voit aussi sur la photo ci-dessous, prise par mon frère lors de la Foire du livre de Nice, il y a une semaine de cela :

La couverture est particulièrement appréciée, d'autant que Makassar avait tenu à faire apposer dessus un sticker (déjà présenté ici) qui, selon le diffuseur, joue dans l'intérêt que peuvent manifester les lecteurs visitant une librairie BD.
Makassar m'apprend aussi que pendant quelques jours, Kimono 20 a été, à la Fnac tout au moins, numéro 1 des ventes des BD d'aviation... (deux bémols toutefois : 1) il n'y avait, pendant la période, aucune mise en place d'une nouveauté d'une "grosse pointure" des séries d'aviation bien connues, et 2) les chiffres restent tout de même modestes, ne nous emballons pas...).

Les ventes vont-elles avoir très bientôt un nouveau sursaut ? En effet, j'ai reçu hier le numéro 126 de Canal BD Magazine, une revue d'informations diffusée gratuitement dans le réseau des librairies Canal BD (130 magasins sur la France, la Belgique...). Or, je publie dans ce numéro (juin 2019) une pleine page de publicité pour ce tome 20 et pour la série Kimono en général ; voici cette pub (un beau visuel préparé par Julia la maquettiste) :

On se souvient que la même revue avait publié une pleine page de pub pour le tome 6 d'Allan Mac Bride, sorti en février dernier (voir mon blog fin janvier). Le numéro de Canal BD Mag de juin risque d'attirer lui aussi, car en couverture figure un dessin d'un des meilleurs dessinateurs au monde, à savoir Jean Giraud, alias Moebius ; il annonce aussi l'interview d'un auteur imposant, Alejandro Jodorowsky :

Et puis, la revue Casemate, de juin également, publie une recension très favorable de l'album Kimono 20 (avec, en conclusion, un coup de chapeau de la rédaction à la nouvelle de la diffusion en Chine de la série Kimono, traduite en chinois ; voir là encore un récent message sur mon blog) ; voici l'article de Casemate:

Il s'agit du n°126 de Casemate, comme Canal BD Mag ; c'est un hasard si les deux revues portent le même numéro car elles n'ont pas du tout la même périodicité.
Tenez, puisque je parle de la version chinoise de Kimono, voici, encore pour l'anecdote, un autre visuel en chinois (demi-planche extraite du tome 1) :

Finissons avec l'évocation d'un travail particulier de Francis Nicole (dessinateur historique et cocréateur de Missions Kimono). A la demande de la 11e Flottille (la fameuse flottille de l'Aéronautique navale, une unité parfaitement réelle, héroïne de la série Kimono), Francis a dessiné le logo marquant le 100e anniversaire de sa création ; voici ce logo :

L'année 2019 est en effet celle du centième anniversaire de la création de cette vénérable unité. Désormais (pendant tout l'été sans doute), cinq avions Rafale Marine de la 11F vont arborer le logo dû à Francis, reproduit sur la dérive, côté droit (côté gauche, il y aura, sur chacun des Rafale concernés, un insigne historique distinct d'un appareil à l'autre) :

La décoration sur la dérive ci-dessus est, en dehors du logo, celle du Tiger Meet, une manifestation militaire au cours de laquelle les avions et hélicoptères se drapent de diverses décorations rappelant le pelage du tigre (voir aussi l'album Tiger de Missions Kimono, cité justement plus haut).
Quant à Francis, il a été invité fin juin à un rassemblement de la 11F, sur la base de Landivisiau, en remerciement de son travail et de son implication.


jeudi 6 juin 2019

La Mer est grande (vaste sujet...)

Le feuilleton télévisé La Mer est grande, qui se déroule au sein de la Marine nationale française, avait été diffusé sur la chaîne Antenne 2 à l'automne 1973. Voici le titre dans le générique :

Le coscénariste est connu : Jean-Michel Charlier, également scénariste d'autres feuilletons, dont un, célèbre, d'aviation : Les Chevaliers du ciel. Il est aussi le scénariste de mythiques séries BD comme Blueberry, Buck Danny, Tanguy et Laverdure (adaptés à la télé comme Les Chevaliers du ciel, justement), etc.

Sur le site que j'ai créé sur cet auteur majeur de la BD européenne de la seconde moitié du XXe siècle (jmcharlier.com), j'ai déjà évoqué le feuilleton La Mer est grande, mais avec assez peu d'informations et un nombre réduit de photos. Or, à partir d'aujourd'hui, je publie dans l'hebdomadaire spécialisé Le Marin une série d'articles détaillant les tournages de ce feuilleton. Voici les deux pages du numéro qui paraît ce jour :


Je ne pourrai pas diffuser ici-même les articles suivants, aussi, pour en savoir plus, il faudra s'abonner au site payant du Marin (ou acheter en kiosque chaque numéro au fil des quelques semaines qui suivent). Je montre ici seulement un portrait de l'acteur Yves-Marie Maurin (incarnant le héros du feuilleton, Hervé Lanoé) au côté de Jean-Michel Charlier, lors d'une visite de ce dernier sur le lieu d'un tournage, en juillet 1972, à bord de l'escorteur d'escadre La Bourdonnais :
Archives photos : famille Bourdeaux-Maurin
Il faut savoir par ailleurs que l'autre coscénariste, l'officier de marine Jean Raynaud, a, la même année que la diffusion du feuilleton, publié un roman du même titre et racontant les mêmes aventures ; voici la couverture (en médaillon, c'est un portrait de l'actrice France Dougnac, qui joue le rôle de Nancy Guehenno, la fiancée puis l'épouse d'Alain Joubert, le camarade d'Hervé Lanoé) :

Ce livre est dédié, par Jean Raynaud, à Jean-Michel Charlier :


mardi 21 mai 2019

Encore des Rafale à Sumatra

Le porte-avions Charles de Gaulle est actuellement en océan Indien avec ses avions Rafale Marine. La photo ci-dessous a été prise ce mois-ci, lors d'un exercice avec des avions de l'Aéronavale indienne, avant que le CDG ne se porte plus à l'est, vers Sumatra :

Or, le journal La Provence a donné l'information suivante dimanche dernier, 19 mai :
"Sept avions de combat de l'armée française ont été forcés d'atterrir en urgence dans la province d'Aceh, dans l'extrême nord de l'Indonésie, en raison du mauvais temps, a annoncé un responsable de l'armée de l'air indonésienne.
Les Rafale ont réussi à atterrir en sécurité dans la province d'Aceh, à la pointe de l'île de Sumatra, après avoir participé à un exercice. Ils avaient décollé du porte-avions Charles de Gaulle dans l'océan Indien, à cent milles marins à l'ouest de la zone économique exclusive de Sumatra, a précisé le chef de la base aérienne d'Aceh, Hendro Arief.
Les avions ont ensuite été déroutés vers la base aérienne la pus proche, la base Sultan Iskandar Muda, à Aceh Besar. "Nous avons effectué une inspection de sécurité et de dédouanement. tout était en ordre.", a déclaré Hendro Arief. "Les équipages ont tous coopéré et aucun d'entre eux ne portait d'armes", a-t-il ajouté. Cinq des avions sont retournés à leur porte-avions dimanche, tandis que deux autres toujours à la base aérienne indonésienne."

Ce n'est pas la première fois que les Rafale Marine et le Charles de Gaulle se trouvent au large de Sumatra : ils y étaient déjà - fictivement - dans l'album Missions Kimono n°18, intitulé El Chino, publié en mai 2017. Dans la BD, ils ont à y intervenir non pas suite à une météo défavorable, mais à un tsunami dû à un séisme dont l'épicentre se situe au large de la ville de Bengkulu (plutôt au milieu de l'île). Dans la réalité, les Rafale Marine se posent à Aceh, au nord de l'île.
Mais, l'aspect prémonitoire de la BD est que je m'étais inspiré d'un vrai tsunami, daté de 2004, dont l'épicentre se situait près de... Aceh justement.

Voici des images de la BD montrant des Rafale Marine dans les parages de Sumatra :
Dessins et couleurs de Francis Nicole, scénario de Jean-Yves Brouard
Editions : JYB-Aventures
Une demi-planche de la BD, au début de la scène, explique comment le porte-avions a pu se retrouver au large de Sumatra, et une carte donne une image de la situation générale :

Dans l'album Kimono précédent, le tome n°17, qui raconte le début du voyage, d'autres images montrent le trajet du CDG et sa progression, petit à petit dans l'océan Indien :


Amusant : avant le départ (réel) du porte-avions en 2019, la Marine française a diffusé cette carte montrant le trajet prévu du CDG en océan Indien au cours du printemps ; on y retrouve quelques éléments des cartes dans la BD :


jeudi 16 mai 2019

À la conquête de la Chine

Pour, sans doute, la première fois au monde, une série d'aviation en BD produite par un éditeur francophone est en ce moment traduite en chinois et commence à être diffusée en Chine. Il s'agit de Missions Kimono, et les auteurs-créateurs sont bien sûr Francis Nicole (dessins et couleurs) et moi-même (scénariste et éditeur).
En effet, depuis près de deux ans, je suis en pourparlers avec cet éditeur installé à Hong-Kong pour obtenir la traduction et la diffusion des 20 albums Kimono en Chine. Enfin, après une longue attente, viennent de sortir les tomes 1 à 3 ; voici la version chinoise de la couverture du tome 1 (même les noms des auteurs sont traduits en chinois...) :

Et pour prouver que l'information est réelle, me voici en photo, en train de feuilleter l'un des exemplaires reçus tout à l'heure, en ce 16 mai 2019 :

Voici aussi les trois premiers titres ensemble (au milieu, c'est une double page ouverte au hasard dans le tome 2, que les fans reconnaîtront) :

À l'origine, c'est en réalité l'éditeur chinois qui m'avait contacté (précisément le 31 mai 2017, soit il y a presque deux ans). Lui-même passionné d'aviation civile comme militaire, et travaillant dans ce milieu, il était à la recherche d'une série BD à diffuser dans son vaste pays, et, pour révéler quelques coulisses, il avait en vue de célèbres séries et de célèbres auteurs européens, dans le domaine de la BD d'aviation. Et finalement, c'est la peu médiatique série Missions Kimono qu'il a très vite choisie, en raison, m'a-t-il dit, de la parfaite représentation des aéronefs ainsi que de la qualité et du réalisme des scénarios.

Ainsi, après avoir lu le tome 9 de Kimono, il m'avait dit : "Etes-vous allé au Pakistan ?" Moi : "Non, jamais..." Lui : "C'est marrant, parce que tout ce que vous racontez et montrez est très réaliste. On s'y croirait... J'y suis allé, et je reconnais les lieux. J'ai même volé comme passager à bord du Fokker F-27 pakistanais que vous avez mis en scène... C'est tout à fait ça !" Voilà donc le genre de détails qui a charmé et très vite convaincu cet éditeur... (à noter en passant que, concernant le Pakistan, j'avais bénéficié du reportage photos et des souvenirs de mon beau-frère, qui s'était rendu dans le pays en touriste vagabond, sac au dos, une douzaine d'années auparavant ; plusieurs scènes et images que l'on voit dans la BD proviennent de ses archives photos, comme le téléphérique brinquebalant qui transporte Mittel, page 40 de l'album - voici d'ailleurs la planche, dans l'édition française, montrant ce téléphérique :

Quant au Fokker pakistanais, il existe suffisamment de photos sur le Net et dans les revues d'aviation ; j'étais par ailleurs en contact avec un des derniers pilotes français de Fokker F-27, qui avait conservé toute la documentation technique sur l'avion, et qui fut mon consultant pour la longue scène à faire hérisser les cheveux sur la tête où le Fokker rencontre des problèmes divers.

Mais la préparation de l'édition chinoise de Missions Kimono ne fut pas facile à traiter. Il y eut d'abord tous les albums de Kimono à traduire, ce qui a pris de longs mois pour l'équipe de l'éditeur (ce n'est bien sûr pas moi qui ai traduit ou fait traduire en chinois ; d'autant que, spécialistes de l'aviation, l'éditeur et ses collaborateurs ont su quels termes ou quelles formules utiliser pour traduire des expressions typiquement aéronautiques, qu'un autre éditeur chinois, généraliste, ne connaît sans doute pas). D'ailleurs, voici deux planches du tome 1 en chinois :


Et une planche du tome 2 :

Voici également un extrait du pdf du texte français/chinois du tome 7 (A.M.N.), que l'éditeur m'avait envoyé en guise d'exemple de son travail préparatoire :

Pour parvenir à nos fins, il fallut aussi - et surtout - franchir, côté chinois, d'innombrables écueils : administratifs, politiques, la censure, etc. Tout a pris beaucoup de temps, beaucoup plus que je ne l'imaginais, au point que, plus d'une fois au fil de ces deux années, j'ai cru que tout allait capoter. Ainsi, ce n'est que courant 2018 que j'ai appris incidemment que l'éditeur souhaitait avoir une collection de la série en double, pour satisfaire la Commission de censure chinoise, dont le travail est d'éplucher tout ouvrage venant de l'étranger. J'ai donc envoyé une collection et, à réception du gros colis, l'éditeur m'a envoyé cette photo montrant les albums posés sur le rebord d'une fenêtre de ses bureaux (lesquels donnent d'ailleurs sur le port de Hong-Kong, dont on devine des grues en arrière-plan) :

Le traitement du dossier fut d'autant plus compliqué que, j'en avais prévenu l'éditeur, des hommes d'affaires chinois peu scrupuleux sont mis en scène dans les tomes 11 et 12, lesquels se déroulent en Afrique noire... Il va falloir user d'un subterfuge pour passer l'étape de la Commission de censure chinoise... D'autant que (bis) dans le tome 18, on voit des jeunes filles dénudées et en string, au bord d'une piscine : l'éditeur nous a fait savoir qu'il va falloir impérativement mettre un bandeau noir sur les poitrines de ces jeunes filles...

Bref... Finalement, l'éditeur et son adjointe en charge du dossier "BD Kimono" ont été persévérants. Ils étaient d'ailleurs optimistes dès le début, et l'éditeur m'avait fait savoir plus d'une fois qu'il tenait absolument à parvenir à ses fins, tellement la série Kimono le passionne. Il m'a d'ailleurs indiqué à plusieurs reprises qu'il ne souhaite éditer qu'une série d'aviation, Missions Kimono, et aucune autre.

Au départ, il envisageait de sortir les 4 premiers tomes d'un coup, dès l'automne 2017, année de sa première prise de contact, et les 6 suivants avant Noël (2017). Hélas, ça ne s'est pas passé comme ça... Voici une photo qu'il m'avait envoyée début janvier 2019, montrant un exemplaire d'une sorte de présérie du tome 1 imprimée à ce moment-là :

Finalement, le tome 1 réel, destiné à la vente en librairies, ne sort de presse qu'en mai 2019, avec les tomes 2 et 3.
Les tomes suivants de Missions Kimono sont prêts (je veux dire : traduits) et doivent être imprimés au fil des semaines. Voici la couverture du tome 4 (il s'agit d'une pré-maquette) :

Et, pour conclure ce message, une dernière planche au hasard parmi les tomes existants (planche 3 du récit Objectif Ariane figurant dans le tome 1) :